Jérôme Le Goff

Eden Garden, Sébastien et Muriel

Avec Sébastien et Muriel

Novembre 2018 

 

Eden Garden est un travail sur la notion de confiance où il est de bon ton de ne plus rien avoir à cacher. Costume taillé pour jouer avec la lumière avec cette nécessité d’entrer en résistance dans le contexte actuel. Mettre les pieds dans le plat en se référant à l’histoire de l’art. Honnêteté et franchise de ces corps nus qui ne peuvent pas mentir. Etre là pour affirmer qu’il y a évolution, que nous allons tous sur le même chemin, libre et droit.

 

Le shooting de 35 minutes commence. Devant un fond peint de 3m sur 3 et un livre qui regroupe les principales représentations d’Adam et Eve dans l’histoire de l’art au sol, un homme et une femme qui ne se connaissent pas encore entrent en scène. Ils se déshabillent, trouvent les positions en s’appuyant sur les illustrations proposées puis se rhabillent. Il y a d’abord quelques rires gênés puis la parole et la confiance arrivent avant que l’humour ne s’installe dans le jeu. Un jeu d’enfants avec des corps d’adultes.

Générique: Rubeck

 

Texte de Muriel:

Poser en tenue d’Eve avec un Adam inconnu. Rejouer la Genèse dans un cadre qui m’avait plu. Cap’ ou pas cap’ ? L’aventure m’attire, je me lance et m’inscris. Au moment où ma vie se métamorphose, je me suis lancé ce défi avec une question subsidiaire : comment va se comporter mon corps qui n’en fait parfois qu’à sa tête ? Alors, cette proposition d’alternance de corps tantôt mouvant tantôt statique me donne l’occasion de le mettre à l’épreuve. Jouer l’épisode de la pomme en découvrant un homme par la nudité hors de l’intimité sexuelle me tente. Nous nous retrouvons dans un lieu qui m’est familier où l’agitation des vernissages a laissé place au silence obscur du studio dont seule la scène est éclairée. Jérôme nous présente, rappelle le scénario, quitte notre espace pour rejoindre l’objectif de son reflex dans le noir du fond de la salle. Le silence s’installe, ponctué du clic photographique nous rappelant que nous ne sommes pas seuls dans ce jardin. Nous enfilons notre costume, chacun sur sa chaise. Prem’s ! Me voici en tenue d’Eve attendant mon Adam que j’aide à se défaire de ses bijoux. Sans lunettes c’est un challenge. Gagné ! Évoluer nue face à ces deux hommes ne me gêne pas particulièrement. J’assume mes rondeurs et le relâchement des tissus lié à l’âge. Simplement. Je n’en suis pas forcément fière, mais n’en ai pas honte non plus. Adam est dans la même tenue, tout va bien. Notre couple se forme. Le temps est suspendu lorsque nous nous posons pour une lecture attentive de l’album déposé à nos pieds : des représentations d’Eve et Adam à travers l’histoire de l’art. Pas de peintures rupestres, l’histoire commence plus tard. Dans cette bulle temporelle détachée de la réalité, nous entrons progressivement dans notre rôle, attentifs aux images, à leur sens, à l’écoute. Nous feuilletons les pages comme une bande dessinée muette pour laquelle nous imaginons bulles et cartouches en riant. Mon corps me rappelle sa présence : je change de position régulièrement. Très vite, nous nous accordons pour les commentaires : l’humour est notre principal ingrédient, la complicité s’installe rapidement. Au fil des pages nous cochons nos préférences pour y retourner lorsque le survol sera terminé. GO ! On retrouve chaque page : POSE – PAUSE Concentrés sur l’histoire, l’expression des personnages, nous prenons position. Se situer dans l’espace n’est pas si simple ! Nous nous aidons par les mots, par les mains. Et lorsque nous sommes raccord avec le modèle, nous nous immobilisons. C’est à ce moment que je sens sur moi l’oeil du photographe, et l’image de mon corps s’impose. Je me concentre, me tends, m’applique comme l’élève face à son professeur. Retour dans la bulle avec Adam : nouveau choix, nouvelle posture, nous ne chômons pas ! Au détour d’une étreinte, le doux parfum de son épaule me rappelle que j’ai zappé la douche ! Mes yeux glissent sur son tatouage sans s’y poser. Je le détaillerai plus tard, lorsque nous serons rhabillés. La sensualité s’immisce dans le scénario sans y être invitée, vite effacée par l’action à effectuer. Si on me demandait la couleur de ses yeux dans lesquels plus d’une fois j’ai plongé, je serai incapable de répondre autrement que par LUMINEUX. Je vois sans enregistrer. Pointillisme du regard concentrée sur mon intériorité. Malgré toute ma sincérité, ce n’est pas Muriel mais Eve qui est. Comme lorsque je joue le patient simulé, le personnage résonne en moi tout en restant éloigné. Doigts qui se croisent et s’enlacent, corps à corps plus ou moins tordus, postures plus ou moins compliquées, nous terminons par une pose plus salace. C’est la seule dont je me souvienne avec précision : celle où l’on touche sexe ou sein ! Notre défi : caps’ ou pas caps ? Défis relevés : CAPS’ et CAP’ … et j’ai même pas pété !