Jérôme Le Goff

Eden Garden, Pascal et Elvire

Avec Pascal et Elvire

Avril 2018

 

Eden Garden est un travail sur la notion de confiance où il est de bon ton de ne plus rien avoir à cacher. Costume taillé pour jouer avec la lumière avec cette nécessité d’entrer en résistance dans le contexte actuel. Mettre les pieds dans le plat en se référant à l’histoire de l’art. Honnêteté et franchise de ces corps nus qui ne peuvent pas mentir. Etre là pour affirmer qu’il y a évolution, que nous allons tous sur le même chemin, libre et droit.

 

Le shooting de 35 minutes commence. Devant un fond peint de 3m sur 3 et un livre qui regroupe les principales représentations d’Adam et Eve dans l’histoire de l’art au sol, un homme et une femme qui ne se connaissent pas encore entrent en scène. Ils se déshabillent, trouvent les positions en s’appuyant sur les illustrations proposées puis se rhabillent. Il y a d’abord quelques rires gênés puis la parole et la confiance arrivent avant que l’humour ne s’installe dans le jeu. Un jeu d’enfants avec des corps d’adultes.

Générique: Rubeck

 

Texte d’Elvire:

Eve… Je suis photographe. Je n’ai pas l’habitude de poser pour d’autres. En fait je ne l’ai fait qu’une fois. Je ne sais pas ce que j’ai à montrer, mais je sais que Jérôme est bon, je sais qu’il saura prendre s’il a besoin, s’il trouve ce qu’il cherche. Je suis également comédienne. Ça m’aide un peu. Je sors de moi-même pour être au service d’un projet. Je ne me regarde pas et je tente de recopier ces tableaux proposés par Jérôme. Avec mon binôme nous nous amusons. Nous rions. Commentons. Cherchons à reproduire les œuvres autant qu’à les interpréter. Moi, dans ma tête, je cherche ce que cela représente. Les symboles, l’identification, la projection sociétale et historique. Ça tombe bien. Je suis tombée amoureuse il y a peu. Je ne l’étais pas quand j’ai accepté de poser. Je pensais même que j’étais exclue du projet puisque j’étais célibataire. Jusqu’à ce que je comprenne que Jérôme choisirait tout. Mon Adam. Le décor. Les tableaux de référence. Très vite mon corps ne me gêne plus. Je ne me suis pourtant pas habituée aux 10 bons kilos qui se sont installés ces dernières années. Ma nudité ne me dérange pas. Celle de « mon » Adam pas davantage. Nous jouons. Le regard de Jérôme est bienveillant. Il nous laisse toute notre place et n’en prend aucune. Il ne nous vampirise pas une seconde. C’est délicieux. Cette sensation d’être simplement. D’être et d’avoir le droit d’être dans cet instant à part. Et puis, ce soir-là, j’ai rendez-vous avec mon amoureux. Je viens de m’acheter mes premiers porte jaretelle. Pour lui. En fait, ce n’est pas si simple à accrocher… Quand je me rhabille, le poids de cette relation naissante vient s’imposer. La jaretelle de derrière est récalcitrante et je mets une éternité à la remettre. L’Adam du soir me propose gentiment de m’aider. Aide que je ne peux accepter, juste par respect pour mon amoureux. Poser nue, jouer l’Eve, c’est déjà bien. Pacr que nous sommes déjà en train de quitter nos rôles du shooting. Nous reprenons nos vêtements autant que nos identités, nos vies. A ce moment là, quelque chose de nouveau est en train de prendre naissance, de prendre corps, en moi… C’est très intime, très personnel. Et ce travail photographique fait écho à mon intériorité. Merci la vie. Merci Jérôme.