Jérôme Le Goff

DUEX la horde, teaser « Grand bien vous fasse »

Retrouver son corps.

Un post m’a intrigué sur facebook alors j’y suis allé ; je suis tombé sur un film. Mimi, une oie factice en équilibre, attend sa pitance puis chute malheureusement. Le grotesque est convoqué, celui que j’adore, alors je vais plus loin et je découvre un univers, des obsessions. Étant moi même obsessionnel je continue et je découvre le corps, presque le mien. Le corps, et nu en plus, trois hommes sur une plage, quelque part vers Le Havre, je le sens déjà, je le découvre, sceptique au premier abord, mais soudain les corps se traversent et se démultiplient, ils sont magiques par leurs « interprétations », leurs « interprénétations ». Waouh ! Ils se traversent par la magie de l’image mouvement. Il y est question de la trace, tout d’abord, de celles qu’on laissent sur cette terre au goût salé parce que l’eau est en arrière plan, l’arrière pays devant nous, parce que le paysage est là ; en l’occurrence sur du sable mais c’est déjà parti et on est nu et on a l’air de ne rien y pouvoir alors que c’est bien le contraire, c’est de l’amour, une traversée de soi et de l’autre, une course à l’échalote poétique. Notre paysage intime devient de la rage au plus profond de nous ; on le vit avec violence légère comprenant qu’il n’est jamais trop tard, que nous aussi on peut parler sans avoir la trouille au bide, que l’on peut se reconnaître, que l’on peut le faire ; non pas être nu forcément (quand même pourquoi pas) mais se découvrir et surtout s’accepter.
Plus loin je vais, dans les photographies. Beaucoup de nus, beaucoup trop pour moi, à l’instant, mais le nu devient habillé, une différence, un rendez-vous se crée, une opportunité irréaliste avec la vie. Au début on doute, on ne le crois pas, ça ne s’imbrique pas forcément mais vite ça travaille, sans retard et maintenant. On doute encore, on regarde encore pendant que Jérôme Le Goff s’occupe de tout et puis ça apparaît.
Sur un canapé Chesterfield le corps se découvre mais il n’est plus question de corps, enfin, du moins de sexe car on l’oublie. On ne voie que la position, que le paysage du physique et cela devient une étrange puissance dans le sens où c’est simplement beau et que l’on s’en fout, ici, d’être gros, d’être beau ou moche ou encore aigris parce que, contrairement aux images d’Antoine d’Agata, pas si loin de ses dernière séries, celles-ci convoquent une retrouvaille… D’Agata a aussi ses obsessions et son travail est bon mais c’est bien autre chose… c’est à dire, oui, je suis comme ça et puis tant mieux et pas tant pis. On se dit qu’on est beau, qu’on retrouve son corps même si parfois devant le miroir on pourrait penser qu’il est un peu « dégoûtant » mais c’est faux, entièrement faux c’est ce que les autres veulent nous faire croire, ce que cette société a construit avec les images. Plus tard, on regarde encore et des fois on ne peux plus parce que le corps nu on a pas l’habitude et là c’est tellement obsessionnel mais c’est bien naturel, oui cela devient naturel, totalement décomplexé tout d’un coup et ça donne envie de vivre et de rire, selon moi. Récemment je découvrais un fait divers ; dans une forêt une femme promenait un homme nu avec une laisse et une balle dans la bouche… Un homme en VTT les a croisé et a immédiatement appelé la police et c’est pour cela que la presse s’en fait écho mais pourquoi pas traverser la forêt en assumant notre jeu, notre rôle? La nudité est finalement magnifique mais devient peur aujourd’hui. Non, être nu n’est que beauté mais cette société, la pornographie et la mode, construise une forme de hantise fantasque : le cul à fond ou suggéré alors que nous avons tous un corps et que c’est une normalité que nous devrions assumer. Il y a trop de choses dans ce travail pour n’écrire que quelques lignes… une danse avec des tenues oranges, celles des prisonniers américains ; une danse de la mort et de la vie ? « Des corps en chantier » car le corps, les corps se touchent, sont toujours en train de se transformer. Sommes-nous prisonnier, de nos corps ou travailleurs, ouvriers informes ou encore obligés d’être fluorescent pour que l’on nous remarque ? A moins que dans utilisation du orange Le Goff pourrait avoir été traumatisé par le gentil monstre Casimir, qui sait?
J’ai pensé à Edouard, Edouard levé et sa série « Pornographie » mimant les actions de ces pauvres films avec des personnages lisses en costumes et tailleurs sombres en noir et blanc. Tout autant que Levé, Le Goff sait nous tenir en haleine intellectuellement ; il convoque une nudité habillé et pudique, une nudité « malgré nous » de celle qui nous emmène vers la lutte, vers l’abolition du sexisme et de l’homophobie, nous faisant intégrer le fait que nous sommes justes et simplement nous-mêmes.
Dans la série Mirabilis les humains sont intégrés au cabinet de curiosité. Ils en font intégralement partie, immobile comme si eux aussi ils étaient empaillés à l’instar des animaux qui les entourent. Le corps, encore une fois, retrouve sa matière, son existence la plus simple et l’habit devient caduque ; on se rêve à vivre nu, à ne plus dépendre des oripeaux qui nous couvrent. C’est très curieux de soudain voir comme on est fragile dans cette vie. Ailleurs on est nu dans le salon ou dans la cuisine avec par exemple une laitue sur la tête ; on devient histoire de peinture, on se transforme en nature morte ou plutôt en « Still life » comme dirait les anglais.
Nu sur la plage on s’amuse, on fait partie des éléments, on se retrouve enfant et les complexes nous ont déjà fui. Parfois, on est habillé dans le paysage ; on l’intègre dans ses couleurs et ses formes ; on voit vient que la nature nous englobe et nous prends dans ses bras… on s’amuse à s’imaginer en robe et pourquoi pas ; on se sentirait bien plus libre… Femme ou homme deviennent égaux dans les images de Le Goff.
Le plus étonnant c’est d’occulter le sexe dans ce travail, de n’avoir vu que l’esprit… que le corps, que le sexe masculin, surtout, et en particulier le sien, s’est plié au « David » de Michael Ange, à la sculpture grecque, » à un simple « zizi », comme dans l’enfance, et des fois c’est un peu trop tellement c’est obsessionnel mais je le comprends l’étant moi-même, ne sachant pas m’arrêter.
Oui, on ne parle plus de corps mais d’être, de ce que l’on est.
Ça semble une évidence mais « déshabillez vous » et vous verrez bien ; encore plus lorsque l’on a bien plus de vingt ans… Non ?
Oui, nous sommes tous beau ; Le Goff désintègre l’échelle de Richter de la beauté. Nous tremblons tous, nous avons tous la chair de poule, nous bandons, nous mouillons, mangeons et on regarde le ciel tous autant que nous sommes tout en étant chacun uniques, ADN de l’esprit, tout en un, enfin nous réintégrons notre corps après avoir absorbé ce magnifique travail.
Enfin, le soir venu, je me suis dévêtu, je me suis regardé et enfin je me suis dit « je ne pas si mal que cela, je suis beau, je suis un être humain » et mon corps est devenu moi ; je l’ai accepté même avec cette drôle de chose pendant mollement entre mes jambes que je réprouvais adolescent.
Oui, j’ai retrouvé mon corps…
Merci Jérôme le Goff.

Franck Gérard